Quand bébé ne fait pas ses nuits à 6 mois (et encore moins à 9!)
Pendant longtemps, nous avons cru qu’un bébé qui ne faisait pas ses nuits à 9 mois avait forcément un problème. Puis notre deuxième enfant nous a appris que le sommeil des bébés est beaucoup plus complexe que ce que l’on imagine. Si vous traversez actuellement des nuits difficiles, cette histoire pourrait vous parler.
Quand nous pensions avoir tout compris au sommeil des bébés
Mon aîné a toujours été un bon dormeur. Nous n’avons jamais eu aucun problème pour le mettre au lit, ni pour l’endormir. Il a très vite fait des nuits complètes. Il nous suffisait juste d’emporter un lit bébé pour qu’il dorme absolument partout ! « Oh, quelle chance! » me disaient certaines de mes amies « Mais comment vous faites ? Quel est le secret ? ».
« Et bien on ne fait de spécial à vrai dire… ».
A l’époque je ne mesurais pas réellement ma chance vu que je ne connaissais pas grand chose et que je ne m’étais pas spécialement renseignée sur le sommeil des bébés.
Il me paraissait tout à fait normal qu’un bébé de 6 mois dorme la nuit et laisse dormir ses parents.
De ce fait, je regardais d’un œil un peu condescendant les parents qui dormaient avec leur progéniture en me disant qu’ils étaient quand même fortement dépassés !
Lorsqu’on attend son premier enfant, on a tendance à penser (et c’est ce qu’internet et certains livres de puériculture nous font croire) que TOUS les bébés fonctionnent finalement de façon assez simple :
Ils dorment paisiblement une grosse partie de la journée en se réveillant à intervalle régulier au début (grosso modo toutes les 3h30) pour remplir leur estomac. Ensuite il suffit de changer leur couche avant de les voir replonger tranquillement dans un sommeil profond.
Evidemment, on nous explique bien que certains bébés font leurs nuits dès la maternité mais que d’autres NON et que c’est tout à fait normal MAIS qu’à partir de trois ou quatre mois les coliques finissant par disparaître, théoriquement, si on a bien pris soin de lui apprendre la différence entre le jour et la nuit, en laissant les volets ouverts pendant la sieste le bébé doit être capable de dormir tout seul d’une traite !
Trois mois, quatre mois maximum et ensuite à vous les nuits réparatrices jusqu’au passage délicat des premières dents et les premiers cauchemars (que vous pourrez exorciser grâce à un joli dessin).
Petit à petit, mon fils a grandi et j’ai découvert l’univers de la parentalité, j’ai commencé à lire de nombreux livres, à m’intéresser sérieusement au développement des enfants. J’ai crée des groupes Facebook pour échanger et j’ai découvert que beaucoup devaient faire face aux problèmes de sommeil de leur bébé. Au fil des discussions, je me suis enrichie des expériences de chacun et j’ai appris des choses réellement intéressantes.
Si on prend la peine de lire les écrits de vais professionnels* et de trouver de vraies informations on se rend compte que le sommeil des bébés est loin d’être quelque chose de simple !
Tout ça pour dire que je m’étais, quelque part, préparée psychologiquement à ce que tout ne soit pas aussi simple avec ma fille. Mais bon, je me disais que ça irait…
Puis notre deuxième enfant est arrivée
J’avais tout prévu : on se lèverait à tour de rôle la nuit. Comme je suis une meuf plutôt cool et que je pensais ne pas avoir un gros besoin de sommeil (vu que je n’en avais jamais été privée) je disais à qui voulait bien l’entendre qu’il n’y aurait aucune pression à ce niveau là et qu’elle ferait ses nuits quand elle serait prête !
Quand ma fille avait trois mois, elle ne faisait pas ses nuits… Et elle ne les faisait pas non plus à 6 mois et à 9 mois encore moins !! Je ne vous parle même pas de la gueule des siestes… Elle ne dormait que dans les bras (ou dans le porte-bébé).
Enfin ce que je vous raconte n’est pas tout à fait vrai car il lui arrive quand même de dormir pas trop mal. On va dire que c’est très fluctuant (même si aujourd’hui cela va beaucoup mieux!)
Tout au long de la première année, nous avons traversé toutes sortes de nuits.
Il y a eu au départ des nuits sans réveils, de 23h00 à 6h00.
S’en est suivie une période de nuits hachées avec des réveils toutes les deux heures et des micro-siestes. (Qui nous ont mis KO).
Puis nous avons connu des nuits avec UN seul réveil. Des nuits finies dans notre lit. Des nuits ENTIERES dans notre lit (et un papa exilé dans la chambre d’ami). De nombreuses nuits à marcher dans la pénombre en nous demandant ce qui pouvait bien clocher chez elle ou chez nous.
Les conseils qui nous ont fait culpabiliser
Face à ces problèmes de sommeil, je me suis souvent sentie démunie. J’en ai parlé à chaque consultation chez le médecin (c’est quand même important de faire examiner un bébé qui dort mal pour éliminer toutes les causes possibles). Au début, il y avait les coliques, puis les reflux, puis les dents, puis les angoisses de séparation… « Elle sera une petite dormeuse, voilà tout. Bon courage. » avait-il fini par trancher quelques mois plus tard…
J’en ai aussi souvent parlé avec mon entourage et j’ai reçu toutes sortes de conseils qui finalement n’ont servi strictement à rien à part empirer la situation ou me faire culpabiliser.
« Arrêtez de la prendre dans votre lit… Vous n’allez jamais vous en sortir », « Elle vous manipule déjà », « C’est un caprice, un bébé de cet âge peut très bien tenir toute la nuit », « Ton lait n’est pas assez nourrissant », « Il faut lui donner le biberon avec des céréales », « Il faut la laisser pleurer, pour qu’elle comprenne »…
Enfin bref, si vous traversez cette période vous voyez très bien de quel genre de conseils je parle !
J’ai été très étonnée de voir que le conseil qui revenait le plus souvent était de laisser pleurer son bébé selon la méthode du 5-10-15. Je vous préviens il faut avoir le cœur bien accroché des deux côtés (parents et bébé). Pour ceux qui ne connaissent pas cette méthode, en gros, cela consiste à laisser pleurer son bébé, et à lui faire faire un petit tour de montagnes russes émotionnelles en venant constater sa détresse à intervalle régulier. Au bout d’un certain temps (quand bébé aura renoncé à ce qu’on vienne l’aider), il est censé trouver le sommeil. C’est quand même très difficile à mettre en pratique (pour moi), instinctivement on sent bien que le bébé ne comprendra pas grand chose et qu’il n’arrêtera de pleurer que quand il aura abandonné tout espoir de se faire réconforter.
En version moins extrême il y a la méthode du chrono-dodo où les parents peuvent revenir voir leur bébé beaucoup plus souvent…
J’ai bien tenté de la laisser pleurer un peu, en me disant qu’elle avait peut être besoin d’être un peu seule et d’évacuer ses émotions. Parfois cela a marché mais la plupart du temps cela se transformait en véritables crises que j’avais ensuite beaucoup plus de mal à calmer…
J’ai vite compris que finalement je ne faisais que rajouter de l’angoisse et de l’insécurité à ma petite fille sensible.
La décision qui a changé notre quotidien
OK ok… Mais donc alors comment faire, me direz-vous ? Parce que quand même il faut bien faire quelque chose, surtout quand on arrive plus à assurer au boulot et qu’on est à deux doigts de se faire virer.
Après avoir testé plusieurs choses, douté, pris des décisions dans un sens et dans l’autre nous avons décidé que la meilleure solution était de ne RIEN faire et d’attendre que l’apprentissage du sommeil se fasse seul…
Nous avons choisi d’être là et de répondre à ses besoins, du mieux que l’on pouvait, avec tout ce qu’il nous restait de force et de courage.
J’ai arrêté d’en parler autour de moi et de demander des conseils. J’ai choisi d’écouter la voix de mon cœur. J’ai fait ce qui me semblait le mieux pour elle et pour moi.
Nous avons passé cette période en réadaptant notre quotidien en fonction de notre bébé.
Nous savons que la journée va commencer très tôt, à 6h00 ou à 5h30. Il y aura peut-être un réveil à 1h00 et un autre vers 3h30. Du coup on se couche nous aussi très tôt. J’ai abandonné l’écriture, la lecture, Netflix… J’ai levé le pied sur le ménage. Bref j’ai mis de côté tout ce qui n’était pas ESSENTIEL pour grapiller le plus de sommeil possible. Je crois que la seule méthode à réellement privilégier est celle qui vous permet de survivre et de dormir un peu. Certaines font du cododo, d’autres collent le lit à barreau à leur lit , à vous de voir ce qui vous correspond et ce qui marche pour vous et votre bébé… Nous nous sommes relayés la nuit, et on s’accordait des grasses matinées à tour de rôle.
Heureusement, le papa est présent et il occupe sa place à 200% et c’est vraiment très important. Si vous êtes seule, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide aux amies ou à la famille.
Si vous en avez la possibilité, proposez aux grands-parents de garder votre bébé l’après-midi pour pouvoir souffler un peu.
Ce que cette année nous a appris
Un bébé qui ne fait pas ses nuits à 6,9,12 mois n’est pas une situation ANORMALE. D’ailleurs, il suffit de regarder les publications sur les réseaux qui parlent du sommeil. A en croire le nombre de commentaires, likes, partages, il y a quand même un sacré paquet de bébés qui ne collent pas avec le Sacro-Saint modèle du bébé qui dort paisiblement toute la nuit et que la société tente de nous imposer.
De nombreux parents ont du mal à parler des problèmes de sommeil de leur enfant car ils se sentent jugés sur leurs compétences parentales (soit on s’y prend mal, soit notre bébé est émotionnellement perturbé => notre faute aussi).
Cela est du au fait que la société tente de nous imposer un modèle de bébé qui n’existe pas vraiment, j’entends par là une sorte de bébé « standard » capable de dormir tout seul dans sa chambre dès l’âge de trois mois. Ces bébés existent (j’en ai moi-même eu un) mais en aucun cas ils ne constituent une NORME.
Il n’y a pas de normes, il n’y a pas de règle ni de normalité en ce qui concerne le sommeil de nos enfants ! J’en suis maintenant convaincue à 200 % !
Ce n’est pas parce que votre bébé dort mal que vous faites quelque chose de mal ou que votre bébé a forcément un problème !!
Un bébé ne sait pas forcément s’endormir tout seul spontanément. Il peut avoir besoin à un moment donné de l’aide de ses parents pour se laisser glisser vers le sommeil qui est le symbole de la séparation et qui est une source d’angoisse. On ne donne pas une mauvaise habitude à son bébé en le berçant pour qu’il s’endorme. On l’accompagne jusqu’à ce qu’il sache faire le chemin tout seul, de la même façon qu’on l’accompagnera dans tous ses apprentissages.
Il peut y avoir 1001 raisons pour que votre bébé pleure la nuit (une petite faim, une petite soif, un reflux, des coliques, un besoin de se rassurer…).
Les micro-siestes ne sont pas forcément quelque chose de pathologique et c’est une réalité qui touche beaucoup de bébés. Cela peut être dû au fait que les bébés ont des cycles de sommeils courts (environ 20 minutes pour les nourrissons) et ils peuvent avoir du mal à se rendormir entre chaque cycle.
Il faut biologiquement 5 ou 6 ans à un enfant pour accéder à un niveau de sommeil comparable à celui d’un adulte.
On ne sait jamais quel numéro on va tirer à la loterie du sommeil.
Certains parents ont été drôlement aidés par l’ostéopathie ou la microkinésitherapie…
Vous n’y êtes pour rien et votre copine qui a un bébé qui dort bien n’est pas une meilleure maman que vous.
Et de toutes façons rien n’est jamais acquis en matière de sommeil. Le moindre petit événement négatif ou positif peut venir gripper la machine et nous remettre la tête sous l’eau.
Ce que j’aimerais dire aux parents épuisés
Il faut réellement lever le tabou et c’est aussi ce qui m’a décidée à en parler ici. Il n’est pas ANORMAL pour un bébé de se réveiller la nuit. Un bébé ne manipule pas, ses pleurs sont un moyen d’exprimer ses besoins, ses douleurs, ses angoisses… Il est tout à fait normal qu’un bébé ait besoin de se sentir proche de ses parents la nuit et en particulier de sa maman.
Tout se passerait tellement mieux si les parents avaient accès à de vraies informations et à un VRAI soutien ! La société et les réseaux sociaux montrent souvent une image de la maternité qui est faussée. Il faut très vite retrouver sa vie d’avant, son corps d’avant, retourner travailler et faire comme si rien ne s’était passé.
Du coup beaucoup de parents se mettent une pression énorme et se retrouvent désemparés et inquiets quand ils se rendent compte que tout n’est pas aussi simple que prévu.
Pourtant pour certains parents, c’est simple et c’est leur réalité et pour d’autres c’est compliqué.
Entre les deux c’est très souvent mitigé… C’est ça la vie réelle. Rien n’est tout blanc, ni tout noir. S’il y a bien une expérience de vie que l’on ne peut teinter d’une seule couleur c’est la parentalité.
On me pose parfois la question : « Alors, elle dort mieux maintenant ? ». Et moi je réponds que oui, en me demandant si je suis entrain de mentir ou pas.
On va dire que ça va… Parce que maintenant, on a l’habitude, on a pris un certain rythme. Elle s’endort sans problème mais elle ne dort pas souvent d’une traite. Elle ne se lève jamais après 6h00….
Je crois que maintenant on se contente surtout de ce qu’elle nous donne sans rien attendre et ça fait une grosse différence.
Je sais que d’une façon ou d’une autre le temps fera son oeuvre.
Plein de force et de courage à ceux qui galèrent, croyez en vous et surtout, SURTOUT ne vous culpabilisez pas !!
Vous faites ce qui est le mieux pour votre bébé !
Comme d’habitude je vous laisse sur une citation que j’aime bien, tirée du livre « serre-moi fort » de Carlos Gonzales, peut-être que cela vous parlera :
« Maintenant que je suis grand-père, je peux vous dire, à vous toutes et tous qui n’êtes encore que parents :
Soyez tranquilles !
Presque tout ce qui, aujourd’hui, vous préoccupe, que bébé ne dorme que dans les bras, qu’il ne mange pas de légumes, qu’il ne marche pas encore… Dans cinq ans, ce ne seront que des anecdotes ; dans trente ans, ce seront les souvenirs les plus beaux de votre vie.
Arrêtez d’essayer de changer votre enfant, et soyez heureux.
Un fils ou une fille, c’est pour la vie ; mais un bébé, ça grandit trop vite. »
Je vous embrasse !
Eva R.
* Dormir sans larmes. Dr. Rosa Jové