Devenir maman pour la première fois : témoignage
« Alors, ça fait quoi de devenir maman ? » Cette question, on vous la pose dès la maternité et souvent, elle vous laisse un peu sans voix. Quoi répondre, à part « c’est merveilleux… ». Ne nous mentons pas : lorsqu’on devient maman, on bascule instantanément dans un univers d’une intensité à laquelle nous ne sommes pas préparées. C’est une magnifique histoire et je vais vous la raconter, comme je l’ai vécue…
Devenir maman, une histoire qui commence comme ça :
Un matin vous êtes là, les yeux rivés sur le test, votre cœur bat la chamade, vous êtes pleine d’espoir (ou d’angoisse). Et puis… Les deux lignes apparaissent… Vous hallucinez complètement, ça y est vous allez devenir MAMAN ! Pendant neuf mois, vous fantasmez complètement votre vie de parents. Votre bébé ? Vous l’ imaginez absolument parfait. Il mange bien, il ne pleure pas et fait ses nuits en sortant de la maternité. Vous lisez des bouquins. Vous regardez des vidéos sur Youtube. Les bébés n’ont plus aucun secret pour vous. Vous êtes baladée sur Instagram, vous y avez vu des mères parfaites, avec des bébés parfaits. La pensée Montessori et la parentalité bienveillante se sont imposées à vous comme une évidence.
Vous renouez avec vos amies devenues mamans. Vous allez faire partie de leur clan. Elles vous racontent à quel point la maternité a changé leur vie. Elles vous disent que c’est magique et vous racontent avec émotion combien les premières semaines sont merveilleuses… “Surtout profite de chaque seconde, ils grandissent si vite…”. Bien sûr, vous êtes bien décidée à profiter au maximum, de TOUT.
Devenir maman : le jour J…
Et puis un jour, c’est le jour J ! Vous êtes dans votre chambre, à la maternité. Il est juste là, dans vos bras. Il est merveilleux, juste comme vous l’aviez rêvé. Rond, rose, lisse au teint parfait… Non ? Non en fait il n’est pas (tout à fait) comme vous l’aviez imaginé. Votre bébé à vous, il a la tête un peu déformée par l’accouchement et il a viré au jaune, c’est l’ictère du nourrisson, la jaunisse quoi, rien de bien grave. Autant vous prévenir tout de suite il arrive aussi que certains bébés aient de l’acné, ou des boutons rouges sur tout le corps. Vous saviez ça vous ?
Bref, là vous réalisez que vous tenez dans vos bras, votre VRAI bébé, celui qui pleure, qui a faim, qui ne dort pas et, qui a la jaunisse (le vrai quoi, pas celui que vous aviez imaginé pendant 9 mois).
Devenir maman : le retour à la maison avec bébé :
Et puis au bout de 4 jours on vous annonce qu’il faut quitter la maternité !!
Sur le chemin du retour, vous vous demandez comment ces inconscients ont pu vous laisser partir avec votre bébé. Votre mari conduit sans dire un mot. Il n’a jamais été aussi concentré sur la route.
Vous rentrez chez vous, vous posez délicatement le cosy, vous avez l’impression de transporter un bâton de dynamite. Vous ne réalisez toujours pas. Votre bébé est là, chez vous, dans votre salon. Il est définitivement installé et sa survie dépend de vous. Surtout pas de pression… Vous n’avez dormi que quelques heures en quatre jours. En plus, vous n’êtes pas sûre de vous rappeler l’ordre des étapes du bain. Vous avez des vitamines à lui donner. Vous lisez la notice 48 fois.
La nuit, vous ne dormez pas, vous somnolez. Le moindre petit cri vous fait bondir. Votre bébé dort mais vous ,vous réveillez en sursaut. Vous êtes en alerte H24. Votre bébé réclame le sein toutes les heures, il a la méga dalle. Vous l’allaitez, et vous vous demandez s’il mange assez. Il pleure beaucoup, respire bizarrement, régurgite. La panique vous gagne. Vous craquez, parfois plusieurs fois par jour. Votre mari, lui, a repris le boulot. Il sort et voit du monde. Vous, vous êtes en congé maternité, vous bercez votre bébé pendant des heures et il ne vous laisse pas vous asseoir.
C’est ça la maternité ?
Dans ces moments-là, vous vous demandez si vos copines ne seraient pas devenues un peu AMNESIQUES ? Vous vous dites : « C’est ça en fait la maternité ? ». Qu’est-ce qui est si merveilleux là-dedans ? Vous n’avez pas du tout le sentiment de vivre les plus belles semaines de votre vie. Ce que vous vivez vous, ça se rapproche plutôt de l’entrainement militaire avec au programme : privation de sommeil, manque de nourriture, soif intense, manque d’hygiène, stress ++ et torture psychologique. Vous vous demandez vraiment si vous allez tenir le coup !
Et pourtant… Et c’est tout le paradoxe de la maternité. Malgré tout ça, vous débordez d’amour. Un amour intense, que vous n’aviez jamais ressenti auparavant.
“Aucun homme ne peut savoir ce que signifie la vie, ce que signifie le monde, ce que signifient toutes choses, avant d’avoir un enfant et de l’aimer. A cet instant, l’univers tout entier bascule et rien ne sera plus jamais exactement comme avant”. Lafcadio Hearn
Toutes les deux heures quand il se réveille, malgré la fatigue intense, vous êtes heureuse. Vous allez, une nouvelle fois, le dévorer des yeux.
Qu’est-ce que ça fait de devenir maman ?
Quand on me posait cette question les premières semaines, les larmes me montaient aux yeux tellement les sentiments qui m’animaient à ce moment-là étaient forts.
Devenir maman c’est au-delà de tout ce que j’avais imaginé.
Il y a l’amour. Inexplicable. Il y a aussi une multitude de sentiments contradictoires, et une remise en question quasi quotidienne. Un jour vous avez l’impression de tout maîtriser. Le lendemain vous n’y comprenez plus rien. Vous n’avez jamais ressenti autant de bonheur, ni autant d’angoisse à la fois. Plus que jamais, vous recevez des visites mais vous ne vous êtes jamais sentie aussi seule.
Tout est si difficile. Pourtant, si c’était à refaire, vous recommenceriez sans la moindre hésitation.
Ce que je voudrais dire à une jeune maman :
Lorsque j’étais enceinte je m’étais beaucoup souciée du côté technique des choses. Quoi acheter ? Comment changer un bébé, faire sa toilette… Je n’avais jamais imaginé que cela serait si intense émotionnellement. Avoir un enfant c’est le défi d’une vie. Jamais, vous n’avez dû faire face à une telle responsabilité.
Toutes vos angoisses sont normales. Incompétence, panique, rancune, c’est le lot de toutes les mamans. Aujourd’hui, vous pleurez peut-être, mais dites-vous bien que tôt ou tard ce cap difficile passera et vous retrouverez la terre ferme. Petit à petit vous réaliserez que votre bébé n’est pas aussi fragile que vous l’auriez cru. Un jour une sage-femme m’a dit que les bébés étaient conçus pour survivre aux maladresses de leurs parents. C’est comme ça, depuis des millions d’années, ça m’a beaucoup aidée.
Fiez-vous au personnel médical et surtout, SURTOUT! ne cherchez pas des réponses sur internet. Chaque bébé est différent et chaque maman a sa façon de faire. Vous entendrez tout et son contraire et ça ne vous aidera pas. Votre bébé à vous est unique. “L’agencement particulier de ses gênes n’a jamais existé auparavant et n’existera plus jamais” (F. Dodson). Votre bébé ne correspondra jamais parfaitement aux descriptions d’ensembles données dans les livres de puériculture. Il est ce qu’il est, et voilà tout ! Ecoutez les conseils mais, ne les considérez pas comme des oracles. Faites-vous confiance. Faites confiance à votre bébé.
Deux ans après la naissance de mon fils :
Aujourd’hui, le tsunami est passé. Nous voguons désormais sur des eaux paisibles. Une routine s’est mise en place. J’ai appris à avoir confiance en moi et en mes capacités. Je sais que je suis une bonne mère, même si je ne suis pas parfaite. Je grandis et j’évolue en même temps que mon fils. C’est lui qui me montre le chemin. Il m’a appris l’amour inconditionnel et il m’a appris la patience.
Et vous savez quoi ? Ma mémoire se met aussi à me jouer des tours. Les premiers jours? Il ne reste en moi que des souvenirs d’amour et de tendresse. Je vous le dis moi aussi : devenir maman c’est merveilleux. Profitez de chaque moment. Les premières semaines ? Si je pouvais les revivre, je n’hésiterais pas une seule seconde.
Hier, je suis allée chercher mon fils chez ses grands-parents, quand j’ai garé la voiture je l’ai vu me faire coucou par la fenêtre, il m’avait cueilli des fleurs. Il les avait gardées tellement longtemps qu’elles étaient toutes écrasées dans ses petites mains. Il a couru vers moi, J’ai vu son grand sourire et ses yeux plein d’amour.
Devenir maman, c’est tellement plus que ce que j’avais imaginé…
Eva R.